29.08.2009

Toni SAILER - 25-08-2009

Grande figure du ski alpin et triple champion olympique aux Jeux de Cortina d'Ampezzo (Italie) en 1956, Toni Sailer est mort mardi 25 août, à Innsbruck (Autriche), des suites d'une longue maladie. Il était âgé de 73 ans. Maître incontesté des pistes de 1955 à 1958, le skieur tyrolien aura imposé son style percutant au cours d'une carrière météorique.

Né le 17 novembre 1935 à Kitzbühel (Autriche), il découvre très tôt les sensations de la glisse. Ses idoles dévalent alors les pentes enneigées de sa ville natale. Il chausse ses premières lames à l'âge de 2 ans. Peu besogneux, il tire de sa pratique instinctive un talent manifeste. En 1955, l'année consacrant la fin de l'occupation alliée en Autriche, le jeune homme intègre l'équipe autrichienne de ski, la "Wunderteam". Sa victoire dans la vertigineuse descente du Lauberhorn, en Suisse, renforce l'emprise du Tyrolien sur ses coéquipiers. Doté d'une personnalité charmeuse, "le beau Toni" impressionne par sa gestuelle alerte et son insouciance.

En 1956, quatre jours vont suffire à asseoir sa légende. Du 29 janvier au 3 février, lors des JO de 1956, l'Autrichien arrache trois médailles d'or de ski alpin (dans les épreuves de slalom géant, de slalom et de descente). Par ce triplé mémorable, Toni Sailer ouvre une brèche dans l'histoire du ski moderne. Seul le Français Jean-Claude Killy parviendra à égaler cet exploit, douze ans plus tard, aux Jeux de Grenoble (1968).

Sur la piste piégeuse d'Illio-Colli, en slalom géant, le natif de Kitzbühel terrasse son compatriote et rival, Anderl Molterer, avec plus de six secondes d'avance. La scène se répète avec éclat lors de l'épreuve suivante, le slalom. Une fois encore, le skieur de 20 ans surclasse ses adversaires par sa maîtrise. Avec Toni Sailer, la discipline acquiert une dimension nouvelle : il est le premier skieur à imposer de tels écarts de temps dans les épreuves alpines. L'Autrichien fascine aussi ses contemporains par son sang-froid. Lors de l'épreuve de descente, il réalise au départ de la course qu'une attache de son ski a rompu. Au culot, le skieur s'élance et remporte son troisième trophée olympique.

Au-delà de la stricte performance sportive, Toni Sailer a marqué les esprits par le style novateur dont il fait preuve en 1956. Optant pour une technique dynamique, jouant du relief pour "décoller" de la piste, le Tyrolien fait corps avec la neige accidentée. Sa méthode de "flexion-extension" deviendra un mythe.

"L'ECLAIR NOIR DE KITZ"

Les Jeux d'hiver hissent Toni Sailer au rang d'idole de la jeunesse autrichienne. En plein état de grâce, le sportif attire les caméras de cinéma. Il entame alors, parallèlement au ski, une carrière d'acteur. Les projections de ses comédies musicales seront très prisées à Vienne.

Lors des championnats du monde de 1958, Raymond Marcillac, l'envoyé spécial du Monde, écrit à son propos : "Il est au ski ce que Ray Robinson est la boxe, ce que Jesse Owens fut à l'athlétisme, et nul ne conteste sa personnalité et la séduction qu'il dégage." Mais la renommée extra-sportive est grisante. "L'Eclair noir de Kitz" ne parvient pas à rééditer le grand chelem de 1956 (il récolte en 1958 l'or en descente et en slalom géant, mais l'argent seulement en slalom). L'année suivante, il est disqualifié pour avoir tenu le rôle d'un skieur dans un des 22 films de sa carrière d'acteur. Irrité, l'Autrichien met un terme à sa carrière sportive.

Il n'a que 24 ans et entame une carrière musicale... plus modeste. En 1972, il retrouve la neige comme éphémère directeur technique de la Fédération autrichienne de ski. Durant vingt ans, il dirigera la course de Kitzbühel, son berceau familial. Légende dans son pays, il est consacré en 1999 par ses pairs "meilleur sportif autrichien du siècle". Dans les vallées du Tyrol, sa technique imprègne encore les écoles de ski. (© source Le Monde - photo Keystone)

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