Soutenue par des centaines de milliers de Philippins, descendus dans la rue, elle succède à 21 ans de Ferdinand Marcos, soufflant un vent de protestations non-violentes dans le monde entier, en particulier dans les pays communistes de l'est européen. En six ans au pouvoir, elle tient bon face à sept tentatives de coup d'Etat en six ans.
Corazon Aquino mène un programme de redistribution des terres, mettant ainsi fin à la domination d'une élite de propriétaires terriens, dont faisait partie sa propre famille. Ses réformes sociales et économiques laissent toutefois un goût d'inachevé.
Toujours souriante, Corazon Aquino est restée très populaire aux Philippines, où on la surnommait "Tatie Cory". "Elle était obstinée et avait de la suite dans les idées en vue de ses objectifs et cela a permis d'éliminer tous les vestiges d'une dictature bien établie", expliquait Raul C. Pangalangan, l'ancien doyen de la faculté de Droit des Philippines. "Nous lui devons tous énormément".
L'actuelle présidente des Philippines, Gloria Macapagal Arroyo, en visite officielle aux Etats-Unis, a déclaré que "la nation toute entière serait en deuil" pendant 10 jours, après la perte de ce "trésor national", précisant que des funérailles nationales seraient organisées. Corazon Aquino "a aidé à conduire une révolution qui a instauré la démocratie et la primauté du droit dans notre nation, à un moment où le danger était grand".
Les Philippins ont commencé à organiser des prières dans les églises dans tout le pays, dont la capitale. Elles dureront un mois. Des messes sont prévues plus tard ce samedi. Des rubans jaunes ont d'ores et déjà été attachés aux arbres, dans son quartier de la ville de Quezon, non loin de Manille.
"Aujourd'hui, notre pays a perdu une mère", a dit l'ancien président Joseph Estrada (1998-2001), rendant hommage à "la femme forte et gracieuse" qu'était Corazon Aquino.
Aux Etats-Unis, la Maison Blanche a également rendu hommage au "rôle crucial" que Corazon Aquino a joué "dans l'histoire des Philippines", a déclaré son porte-parole Robert Gibbs, parlant de la tristesse du président Barack Obama lui-même.
La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a loué de son côté son "courage extraordinaire", après l'assassinat de son mari, "sa force tranquille et son engagement inébranlable pour la justice et la liberté", qui ont inspiré son mari, l'ancien président Clinton et elle.
Corazon Aquino entre en politique en 1983, lorsque son mari, le chef de l'opposition, Benigno "Ninoy" Aquino Jr. est assassiné à l'aéroport international de Manille, à son retour d'exil des Etats-Unis. Elle se trouvait toujours à Boston avec leurs cinq enfants. Elle rentre trois jours après et assiste à une procession record de deux millions de personnes, dans les rues de Manille.
En 1985, modestement et devant des Philippins plutôt machos, elle n'hésite pas à déclarer: "Je ne connais rien à la présidence", avant d'obtenir le soutien des différentes factions de l'opposition, des hommes d'affaires et plus tard des forces armées, puis de renverser la dictature Marcos.
"Pendant l'incinération de Ninoy et avant ma présidence, je ne cessais de me demander pourquoi c'était toujours à nous de se sacrifier," déclarait-elle au quotidien "Philippine Star", en 2007. "Pourquoi serait-ce à mon tour maintenant? Il semblerait que nous étions comme l'agneau sacrificiel", ajoutant: "Les gens me comparaient à un président idéal mais cela n'existe pas et n'a jamais existé."
Corazon Aquino est diplômée en français du College du Mont Saint-Vincent à New York, une université catholique et autrefois réservée aux femmes, inspirée du célèbre prêtre français Saint-Vincent de Paul. AP

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