22.07.2009

Maurice GRIMAUD - 16-07-2009

Maurice Grimaud, le préfet de police de Paris qui sut éviter toute issue dramatique lors des événements de mai-1968, s'est éteint jeudi 16 juillet à Paris à l'âge de 95 ans, selon la préfecture de police de Paris. Ses obsèques ont eu lieu mardi dans la capitale où il a été enterré au cimetière du Père-Lachaise.

Le président Nicolas Sarkozy a appris avec "beaucoup d'émotion" son décès, saluant la mémoire d'un "grand serviteur de l'État qui a consacré sa vie aux missions d'intérêt général". "Avec Maurice Grimaud, c'est un grand acteur et un grand témoin de l'histoire contemporaine de notre État qui disparaît", a jugé le chef de l'Etat dans un communiqué.

"Passionnément républicain, profondément humaniste et admirablement tolérant, Maurice Grimaud a notamment joué un rôle décisif, à deux reprises", a relevé Nicolas Sarkozy. Le président a ainsi rendu hommage à son "remarquable professionnalisme", son "intelligence aigüe de la situation" et son "sang-froid exceptionnel" face aux "désordres provoqués par la crise de mai-1968" quand il fut préfet de police de Paris.

"Grâce à son action et malgré la complexité des événements, les opérations de maintien de l'ordre dans la capitale ont été menées à bien sans drame", a-t-il dit. Le chef de l'Etat a aussi salué Maurice Grimaud pour avoir "contribué", en tant que directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur Gaston Defferre, "à l'élaboration et à la mise en oeuvre des premières grandes lois de décentralisation".

De son côté, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a exprimé sa "grande tristesse", rendant hommage à un homme qui a "servi la France avec honneur, rigueur et sens de l'Etat". En mai 1968, il a fait preuve "d'un sang-froid exemplaire" et a su "éviter toute issue tragique" par "sa capacité de dialogue et de concertation", a-t-il estimé dans un communiqué.

Daniel Cohn-Bendit, ancien leader étudiant de mai-1968, a également salué la mémoire de ce préfet de police "hors norme", "véritable républicain". Maurice Grimaud "a toujours été quelqu'un qui m'a soutenu. Il a protesté contre mon expulsion en 1968", a-t-il expliqué sur France Info, en soulignant que les deux hommes s'étaient vus l'an dernier. Cette rencontre, "assez fascinante, passionnante", "nous a touchés tous les deux" et "notre discussion a été très ouverte", s'est-il souvenu, évoquant un "vrai intellectuel". Bien qu'il ait été "de l'autre côté, c'est quelqu'un que j'ai beaucoup admiré", a ajouté Daniel Cohn-Bendit. C'était un préfet pour qui le "maintien de l'ordre ne voulait pas dire désordre agressif contre les manifestants". "Il essayait de voir clair", a-t-il noté, soulignant que Maurice Grimaud "comprenait un peu la révolte des jeunes".

Petit-fils du maire d'Annonay (Ardèche), commune où il naît le 11 novembre 1913, Maurice Grimaud entame des études littéraires avant d'être recalé à l'entrée de l'Ecole normale supérieure. Il entre dans la fonction publique comme attaché à la résidence générale du Maroc en 1936. Il occupe ensuite différents postes dans ce pays, en Algérie et en Allemagne. Revenu en France en 1954, cet homme de gauche devient conseiller technique de François Mitterrand, ministre de l'Intérieur.

Il est ensuite nommé préfet des Landes, de Savoie et de la Loire. De 1963 à 1966, il est en tant que directeur de la sûreté nationale patron de l'ensemble des policiers français. Il succède ensuite à Maurice Papon à la tête de la préfecture de police de Paris. Lors des événements de mai-1968, il apparaît comme un modérateur des forces de police et un farouche partisan du dialogue avec les manifestants.

"Frapper un manifestant tombé à terre, c'est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière", écrit-il le 29 mai 1968 dans une lettre adressée aux policiers parisiens.

Après un passage à la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) et à la Régie immobilière de la ville de Paris (RIVP), il devient en mai 1981 directeur de cabinet de Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur et le suit en 1984 lorsqu'il prend le portefeuille du Plan et de l'aménagement du territoire.

Commandeur de la légion d'honneur, cet homme passionné d'art contemporain et de littérature a publié deux ouvrages "En mai, fais ce qu'il te plaît" (Stock 1977) et "Je ne suis pas né en mai 68. Souvenirs et carnets 1934-1992" (Tallandier, 2007). AP

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