23.01.2005

Edward TELLER - 09 septembre 2003

Edward Teller, le père de la bombe à hydrogène, décède à 95 ans

Teller naît le 15 Janvier 1908 à Budapest (Hongrie). C'est un prodige des mathématiques, éduqué dans des écoles privées. En 1926, il quitte Budapest pour aller étudier l'ingéniérie de la chime à Karlsruhe (Allemagne). Là, il s'intéresse à la physique, particulièrement la nouvelle théorie des quantas (comme Condon). Pour pouvoir poursuivre cette nouvelle passion, il est transféré à l'Université de Munich en 1928. Là, un accident de voiture lui coûte son pied droit.

Après avoir apris à remarcher avec un prothèse il est transféré à l'Université de Leipzig pour travailler avec Heisenberg. Il obtient son doctorat en physique en 1930 et travaille comme consultant à la recherche à l'Université de Gottigen.

En 1934, avec la venue au pouvoir d'Hitler, Teller émigre au Danemark avec l'aide d'amis chercheurs. Là il rejoint l'Institut de Physique Théorique où Niels Bohr dirige une équipe de jeunes chercheurs tentant de percer les secrets de l'atome. Cette année-là, il se marie.

A l'institut de Bohr, Teller rencontre le physicien russe Gamow, également réfugié politique. Au bout d'un an ils prennent des chemins différents, Gamow à l'Université George Washington aux Etats-Unis, et Teller à l'Université de Londres. Un an plus tard en 1935, Teller reçoit une invitation de Gamow à venir le rejoindre pour travailler aux Etats-Unis, et accepte avec plaisir.

La bombe A

Dès 1940, Teller envisage la possibilité d'utiliser l'intense chaleur générée par la fission nucléaire pour déclencher le processus de fusion nucléaire — un phénomène encore plus explosif. En 1941, Teller est naturalisé américain et rejoint les meilleurs physiciens américain sur le projet Manhattan afin de développer la bombe atomique avant les allemands. Après des travaux préliminaires à Chicago avec Enrico Fermi et à Berkeley avec Oppenheimer, Teller se rend dans les laboratoires isolés de Los Alamos (Nouveau-Mexique) pour y travailler sur la bombe atomique sous la direction d'Oppenheimer. Cependant, la fission nucléaire se révélant déjà difficile à mettre au point, la piste de la fusion ne sera pas suivie, à sa grande déception.

Teller se retrouve donc personnellement dans les tunnels de test sur le site de tests du Nevada, dirigeant ses hommes et collaborateurs comme un possédé d'après le récit de l'un d'eux. En 1943 il sidère ses collègues en suggérant que les températures colossales de l'explosion risquent d'amorcer une combustion de l'air qui ferait flamber l'atmosphère terrestre [Jean-Marc Fleury, Quebec Sciences 03/2000]. Cependant, ses calculs la rassurent à ce sujet. En 1945, la première bombe atomique est testée avec succès à Alamagordo (Nouveau-Mexique).

Twinkle

D'après les documents non confirmés du même nom, Teller aurait été membre du MJ-12. Quoi qu'il en soit, Teller est confronté aux ovnis au moins en 1948, en participant au projet Twinkle. Le 16 février 1948, une conférence secrète est tenue à Los Alamos pour discuter du phénomène ovni, en particulier les "boules de feu vertes" qui ont été largement signalées dans la région. Parmi les scientifiques et militaires présents se trouve Teller et Lincoln La Paz, dont l'opinion d'expert est demandée au cours de la conférence [The Ultimate Ufologist Web Page].

La bombe H

Lorsque les russes font exploser leur propre bombe atomique en 1949, Truman demande au laboratoire de Los Alamos de développer une arme à fusion. Oppenheimer est contre, considérant qu'elle n'a aucune valeur militaire et n'est qu'un instrument de génocide. Malgré tout, la première bombe à hydrogène explose sur l'atoll de Eniwetok (Océan Pacifique) en 1952, à la satisfaction de Teller, mais contre l'avis d'une bonne partie de ses collègues scientifiques.

Teller pense alors que les scientifiques de Los Alamos sont trop ambivalents lorsqu'il s'agit de développer la prochaine génération d'armes atomiques, et qu'un complexe indépendant est nécessaire. Il fait pression sur le Congrès et les forces armées pour l'établissement d'un second laboratoire pour la recherche thermonucléaire. L'AEC répond en établissant le Laboratoire Lawrence Livermore en Californie du Nord. Teller y travaille successivement comme consultant, directeur adjoint puis finalement directeur.

L'antagonisme entre Teller et ses anciens collègues augmente lorsque Oppenheimer est accusé de déloyauté sur la base de certaines de ses associations passées. Teller ne l'accuse pas lui-même, mais lorsque l'accréditation d'Oppenheimer est revoquée, nombre de ses amis accusent Teller.

Au fil des années, Teller continuera de défendre une politique de défense dure. Il sera au premier plan dans les années 1970, lorsqu'il défendra la fusion nucléaire comme une alternative aux autres sources d'énergie, et dans les années 1980, en témoignant en faveur du système de défense stratégiques par missiles. Il est l'auteur d'une douzaine de livres, la plupart traitant de l'énergie nucléaire et de questions de défense.

Depuis 1975, Teller est membre de l'Institut Hoover pour l'Etude de la Guerre, de la Révolution et de la Paix à l'Université de Stanford. Il vit à Palo Alto (Californie).

WASHINGTON (AFP) - Edward Teller, le père de la bombe à hydrogène, est décédé mardi dans sa maison de Stanford (Californie) des suites d'une attaque cardiaque, à l'âge de 95 ans, a annoncé le laboratoire national Lawrence Livermore."La disparition du professeur Edward Teller est une grande perte pour notre laboratoire et pour la nation", a estimé le directeur du laboratoire, Michael Anastasio, dans un communiqué.

"Le professeur Teller restera longtemps dans nos mémoires comme l'un des plus grands scientifiques. Il a consacré sa vie à la défense de la liberté, la recherche de connaissances et la transmission de sa passion pour les sciences et pour l'enseignement à des générations d'étudiants", poursuit M. Anastasio.

Entre 1943 et 1946, Teller avait travaillé sur le projet Manhattan, à Los Alamos (Nouveau-Mexique), qui avait abouti à la fabrication de la bombe atomique, et avait participé ensuite au développement de la bombe à hydrogène.

Le scientifique, de confession juive, vivait aux Etats-Unis depuis 1935 après avoir fui la montée du régime nazi en Europe.

Il avait reçu cette année la médaille présidentielle de la Liberté, la plus grande décoration décernée aux Etats-Unis. Il n'avait pu assister à la cérémonie organisée à Washington en présence de George W. Bush et c'est sa fille Wendy qui était venue chercher la médaille.

"Le professeur Teller était un géant de la physique du 20ème siècle", a souligné le laboratoire Lawrence Livermore, ajoutant qu' "il était un fervent partisan de l'application de la science à la pratique et avait été l'un des responsables techniques les plus influents dans la défense nationale de la Seconde guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui".

Edward Teller avait également contribué à la création du laboratoire Livermore, le dirigeant pendant deux ans avant d'occuper la fonction de directeur adjoint chargé de la physique, jusqu'à sa retraite en 1977.


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